Armand Robin: l'oeuvre libertaire
* Poèmes de Boris Pasternak, éditions anarchistes, 1946 *
MARINE Tout mets blase. A toi seule fut donné d'être mets qui jamais ne blase. Passent les jours, Passent les ans, Passent un millénaire, des millénaires. Vêtue en blanche fougue des vagues, Te cachant Dans les blanches, épicées saveurs d'acacias, Peut-être est-ce toi, Mer, Qui mènes, emmènes au « rien n'est! » Grue remuée, source secouée, Folichonnante, tu craquètes Sur l'amas des filets tes prélassements ! Chez les enfants tu vas en visite. Oh ! par quels inouïs ouragans Tu répliques Quand le lointain te hèle: « Rentre ! » L'écume rend courroux, enroue L'espace de l'avant-déluge. Mais les mèches des courants à peine Derrière l'oreille chatouillent les poupes. Revenant du gouffre des ahans, L'ingambe reflux Saute en satan. Tout se disloque, suit à part sa loque, Hurle, périt selon son mode, Dans la bourhe s'entombe en plomb, Contre les pilotis cogne selon son mode. La parallèle dérive Des teintes aliénées Dépasse, rejette Les voiles à fadeurs d'eaux douces. La muraille de l'averse approche; En grandissante chute choit le ciel; Oblique choit cette chute, En culbutes voltige cette chute, Avec les mouettes cette chute finit sa chute. Cuisses dandinantes, chair lambinante, Démarche disgracieuse, Dans le port qu'ils vont fendant entrent les navires. Pieds bleus joints, les éclairs Sautent en grenouilles dans les flaques. Les agrès aux hauts jarrets On les jette sur les côtés De tout côté. Il n'y a qu'intentions de sieste, de ronrons. Les crabes grimpent leurs grimpements de crabes; Le crâne des bardanes S'incline vers le très rond Centre d'un soleil gros de ronrons. Et la mer n'est qu'un « ronron » Et cette ronronnante, une verste environ De Tandra, pose en gribouillis les mille moucherons D'une moucheture jaune citron Sur l'échine d'un cuirassé, trapu grison.
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