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Armand Robin : à la gazette littéraire de Lausanne

- 1958 - Lope de Vega - José Bergamin - Léonor Fini - 1961-

 Chats et entrechats par Armand Robin

L'article ci-contre avec ses traductions était accompagné d'un chapeau de la rédaction de la Gazette et de 2 dessins de Léonor Fini

 

1- C’est une heureuse rencontre, à travers les siècles et les géographies : Lope de Vega, Bergamin et Armand Robin, liés par un intérêt semblable pour les rythmes et les chats. De l’aventure naît une idée de ballet que Léonor Fini habille et colore. Un metteur en scène se prend au jeu, un musicien déjà prend note, la « Littéraire » s’éprend du projet et le présente, avec quelques-unes des maquettes originales.

Voici : « Vérités à quatre pattes ».

 

2-

Lausanne Bergamin

 

3-

lausanne bergamin

 

 

 

Armand Robin, La Gazette de Lausanne, 31 janvier 1959

L’ensemble, article de Robin et documents annexes, est consultable ici : http://www.letempsarchives.ch/

 

Une partie de cet article sera repris en hommage à Armand Robin après sa mort dans le numéro du 6/4/1961 sous le titre : le ballet des chats.

Lope de Vega manqua-t-il d'égards pour les chats?

Grave accusation!

Depuis Baudelaire les chats mis en poèmes ne se promènent que dignement; ils ne ronronnent que de majesté; leur faire des chatteries les offense. En cette année 1959 Marcel Arland est leur paladin, vite sur le qui-vive; Jean Paulhan doute peut-être de l'éminent sérieux des chats mais ne le montre pas, les sachant devenus tellement susceptibles.

Les chats et chattes de Lope de Vega, dans la Gatomaquia, sont de grands seigneurs et de grandes dames, mais le poète a beau leur chatouiller la moustache, la queue et les griffes, ils n'ont jamais l'air offusqué; ces nobles chats trouvent que tout divertissement sied à leur condition; et même ils se font des pattes très amusées pour attraper au vol ces jeux de mots qui plaisaient tant à leur chantre Vega : par exemple:

Le principal héros chattesque, Marramaquiz, dit:

« A Burgos j'ai tué le chat Tragapanza

Qui clamait: c'est moi le pacha des chats!

Toute chatte aime en moi le pacha des chats!»

La principale héroïne chattesque, Zapaquilda, répond à des menaces miaulées par un chat jaloux:

« Si tu me tues mon doux mari

Tigresquement .

Je saurai quitter ma vie

Griffesquement ».

Et tous, chats et chattes, répètent à l'envie:

« Quel est l'amour qui ne va pas à quatre pattes?

Quel est l'amour qui ne va pas aux chattes?»

Lope de Vega m'a convaincu: tout chat bien né aime les chatteries. En outre, grâce à Vega, je suis passé des chats aux entrechats.

Mais ceci est une autre histoire, qu'il me faut maintenant conter.

*

En décembre 1958, chez Léonor Fini, j'ai retrouvé Bergamin.

Il s'apprêtait à rentrer en Espagne, me remit un inédit de lui, achevé en janvier 1954. Il s'agissait d'un hommage à Lope de Vega conçu sous forme de variations autour de divers extraits de la Gatomaquia ; ce « scherzo » portait en sous-titre: «Mascarade chattesque, lopedevedesque et miaullante ».

L'oeuvre comportait un prologue, trois actes, un très court finale où il était notamment dit:

« ... Car nous sommes, chats et chattes,

Des vérités à quatre pattes ».

Le tout très ténu, tout en subtilités de langage: du marivaudage en castillan, si on peut ainsi parler. L'intrigue? Deux chats se disputent pour l'amour de la chatte Zapaquilda, l'assemblée des chats se réunit, etc., bref, pas d'intrigue! seulement un prétexte à des débats courtois, poétiques, sur l'amour et la jalousie; entre ces joutes, des chacones, des séguédilles, des danses de cordonniers, etc.

Bergamin me demanda si adapter ce texte, si fin, si dénué de pesanteur, pour le théâtre français, m'intéresserait. Il m'apparut, au bout de quelques jours de travail, que l'oeuvre n'appelait pas la représentation théâtrale à proprement parler, mais le ballet.

Le divertissement de Bergamin avait inspiré à Léonor Fini des dessins de personnages chattesques, dont quelques-uns sont reproduits ci-contre.

Nous adoptâmes d'un commun accord le titre: Vérités à quatre pattes.

 

J'avais reçu liberté de faire du texte Vega-Bergamin ce que je voulais. Pour la première fois dans ma vie j'étais, en principe, mis très à l'aise; il n'était pas du tout question de fidélité au texte original.

Très à l'aise? Oui ! Mais je me trouvais soudain devant le problème du ballet, dont j'ignorais tout.

Il est généralement convenu que, dans le cas du ballet, le texte est plutôt secondaire, que le musicien et le chorégraphe ont presque tout à faire. Je perçus qu'il fallait renverser la situation: c'est au poète à susciter la mélodie et les évolutions: je me rappelai les paroles de Paul Valéry et même je les vécus :

 Les mains des danseuses parlent et leurs pieds semblent écrire.

( L'âme et la danse ).

Je me mis à composer pour des talons harmonieux passant d’un mot à l’autre aériennement.

 

Fragments du ballet des cordonniers  (ACTE 2)

 

Aï ! Aï ! cordonnier,

Qu'as-tu fait de mes souliers ?

 

Aï! Aï! cordonnier,

Mes souliers ne sont pas prêts ?

 

Aï ! Aï ! cordonnier,

Il me faut mes souliers !

 

Il me faut mes souliers,

Mes souliers pour me marier!

 

Et la chatte a mal aux pieds,

Aï ! Aï ! sans souliers!

 

Aï ! Aï ! cordonnier,

Chats et chattes ont mal aux pieds!

 

Aï ! Aï ! cordonnier,

Il nous faut nos souliers!

 

Il nous faut nos souliers

Nos souliers pour nous marier!

 

Aï ! Aï ! cordonnier,

Qu'as-tu fait de nos souliers?

 

Pendant que s'achève ce ballet, le décor a changé; le cordonnier chattesque « Mistitappe » est entré, a posé sa sellette s'est mis à travailler.

Entre « Mistimouche ».

 

MISTIMOUCHE

Comment, l'ami  Mistitappe

Mes souliers ne sont pas prêts ?

Tape, tape, tape, tape !

Il me faut mes souliers,

Mes souliers pour me marier !

Tape! Tape! Tape! Tape!

 

MISTITAPPE

Tu me les portas troués

Et déjà tu les voudrais ?

Je ne peux te le cacher:

Ces souliers que tu réclames

Sont un peu comme les femmes:

On ne peut les réparer !...

 

MISTIMOUCHE

Il n'y a rien de tel qu'un chat

Lorsqu'il a l'âme du chat!

 

MISTITAPPE

Ame qui l'amour attrape?

 

MISTIMOUCHE

Tape! Tape! Tape! Tape!

 (il sort)

 

MISTITAPPE, resté seul

Je retourne à mes souliers,

Je reprends mes souliers,

Sur les tuiles pour marcher

Vaudrait mieux pas de souliers!...

 

SEGUEDILLES CHATTESQUES DE ZAPAQUILDA

 

Sur des toits de neige

On me rendit jalouse;

Vienne seulement l'été

Je pense me venger.

 

J'aime mieux mon chat

Gris et noir

Qu'un chat costumé

De velours frisé.

 

Dans les nuits de lune

Sur ma toiture,

Les chats sont sans couleur

Plutôt que colorés.

 

Là-bas ce chat doré

Tient en ses yeux

Une ténèbre qui modère

Son rouge feu.

 

Grandes sont les moustaches

Des chats blancs;

Mais comme elles sont blanches,

On ne voit pas qu'elles sont grandes.

 

Le ciel a plus de fantaisies

Que de nuages blancs;

Et l'amour qu'il porte aux toits

Est un amour pour les chats.

 

Tuiles et cheminées

De mon toit,

Avez-vous vu, dites-le moi,

Un chat prisonnier?

 

Les moustaches du chat

Que j'aimerai

Devront être plus grandes

Que ses oreilles.

 

Coqs des girouettes,

Parlez plus clairement!

Que la nuit rapidement

Passe par les toitures !

       .