L'insensé
d'un temps d'insensés (1)
Sans
seuil, sans sol, sans ciel, loin je m'étends
[Mon destin sur mon dos est dauphin m'enjambant
Ma vie enflée en vague est sur moi bond ployant]
Mes songes secoués en pays sanglotants
Au flanc des flots félons font effort frêlement.
Refusant
tous les bords et les ports défaillants,
Loin des rames sauvant mes libertés de vent,
Selon les sauts de l'eau me haussant m'abaissant,
Vers le nord vers le midi zigzaguant m'entrecroisant,
Je vogue, élan rôdeur vers tout sens vacillant.
Seule
la lune, avec son chancelant fragment
Filouté sur le front d'un taureau blanc dormant,
Vient me défendre quand je suis trop penchant,
Sa tête de camarade m'encorne tendrement
Me pousse plus avant sur mon chemin flottant. |